Chapitre 3[ ٣ thaelaethae] : Tribulation vers « Le grand sud » : de El Jehm aux « portes du
désert ».
Le
chant du départ :
Je contemplais le ciel de Gammarth et, comme un Icare en plein essor, je m’élevais
lentement vers le soleil.
Mais soudain, un bruit sec me réveilla au dehors me ramènant à la réalité.
En effet, cela n’était que du plafond bleu de la chambre que je m’approchais, dont le lampion suspendu en son milieu, avait pris le
temps d’un rêve, la forme du soleil.
_« Départ pour l’expédition du grand sud ! » baraguinait l’un des réceptionnistes en tambourinant derrière la porte de notre
chambre.
Il devait être 3H30.Il était 3H 30 !
Je me levai, réveillai Isa, et nous nous préparâmes au mieux pour le départ. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre et, par
conséquent, ce que nous devions emporter.
Il faut dire que, déjà, au départ de Gagny, je m’étais demandé si je ne devais pas
emmener mon Kway en Tunisie! Certainement, la réminiscence d’un conseil de ma grand-mère.
Or, nous apprenions une fois sur place, qu’il n’y pleut en moyenne que quatre jours par an.
Finalement, une petite demi-heure passée, lavés et repassés, les valises pliées, nous nous dirigions vers le buffet-déjeuner qui
devait nous avoir été préparé pour l’occasion.
Malheureusement, une petite déconvenue nous attendait. Les cuistos n’avaient pas vraiment été prévenus et en guise de buffet, nous
découvrîmes des tables incroyablement vides.
Ce fut un mal pour un bien finalement. En effet, nous approchant alors de deux autres arrivants pour échanger sur la suite des
opérations, nous nous joignions à Marc et Chantal pour faire entendre nos doléances auprès du Chef de la « Tarbouche ». Nous ne le savions pas encore, même si nous l’avions préssenti,
cette rencontre serait un tournant dans notre séjour.
Peu après, un maigre déjeuné dans l’estomac, nous montions tous les quatre dans le car, tous les quatre et à notre grande
surprise, pas un de plus.
Ainsi, nous partions en direction du sud pour deux jours d’excursions. Au programme, approximativement dix étapes et deux miles
kilomètres nous attendaient : El
Jehm, Matmata ( 3
étapes), Douz,
l’Hôtel (dont on ne sait plus le nom), le lac
salée, Tozeur, une
palmeraie, Kairouan.
Mais, avant d’entrer dans le vif du sujet, le car devait faire le tour de plusieurs hôtel-clubs, pour ramasser ci et là quelques
touristes. Nous fûmes donc bientôt entourés d’Allemands, de britanniques et d’autres Français. Enfin, c’était relativement calme. Il faut dire qu’il n’y avait pas de nippons dans ce coin là de
l’Afrique.Vous vous demandez quel est le rapport.
Eh bien, prenez le métro ou passez sous la tour Eiffel à l’heure ou un tour opérator accompagne un groupe de Japonnais, ou bien de
Chinois (je ne les distingue pas très bien).Vous comprendrez.
De notre côté, moi, Isa, Marc et Chantal, nous avions déjà fait une petite bande à part, celle de l’hôtel Dar
Naouar.
Et, sous les conseils avisés de notre guide
Franco-Tuniso-Hispano-Germanico-British, nous roulions vers notre première grande étape, El Jehm. En effet, c’était sans compter les fameux arrêts « pipi-caca » dont l’un,
particulièrement inoubliable, avait eu lieu dans la sous-capitale de l’art moderne tunisien, bord de mer où l’on peut voir des drôles de productions que l’on appelle des oeuvres
d’art.
Sur la route de El Jehm :
_« Sur votre gauche, vous constaterez que la végétation disparaît, excepté ces palmeraies, donnant certaines des meilleures dates de la Tunisie, une espèce dîtes Deglet Nour … »
_« Là bas, au loin, vous pouvez apercevoir la ville de El jehm, […] vous remarquerez que les habitations sont pour la plupart ni
finies, ni à faire. En effet, les lois fiscales tunisiennes n’obligeant à rembourser les prêts qu’une fois les habitations terminées…. »
Notre guide n’en finissait pas de commentaires. Moi, écoutant d’une oreille attentive et distraite, je me demandais surtout si on
avait emmené assez d’eau.
Au fur et à mesure que nous roulions, voyant les paysages rongés par la chaleur, je me sentais déjà fondre. Enfin, ceci était purement
psychologique, puisque nous étions dans un car climatisé !
_« El Jehm ! Tout le monde descend ! » s’exclama soudain le "grand calife" .
_« Après le petit souk, vous pourrez admirer l’amphithéâtre !... Fort de ces XXXX m3, datant du YYeme règne avant Trajan,
et… ». C’en était trop, j’étais déjà sorti !
Eh oui, il
y avait un chameau qui me tirait la langue sur la place attenante au passage menant à l’amphithéâtre.
Isa, s’empressa alors de me prendre en photo à coté de l’animal !
Et là, quelle ne fût pas notre surprise, quand un mamelouk ou plutôt un Numide, nous tomba dessus en nous demandant de payer, droit de
la propriété littéraire et artistique tunisienne, je vous en prie.Conciliant, nous refusions de payer mais acceptâmes de
supprimer la photo de notre numérique, ou plutôt de lui faire croire que nous la supprimions.
Ainsi, heureux de notre petite mascarade, nous continuâmes en direction du monument principale.
Moi, attiré par un couteau par ci, un fez par là, je me hâtais lentement. D’ailleurs,
Isa m’a même perdu un moment, où je m’étais enfilé chez un marchand, non pas de tapis, mais de lampes, genre "mille et une nuits", et il faut bien l’avouer, de vieilleries de toutes
sortes !
Bref, m’ayant récupéré dans l’arrière-cour de la boutique, au beau milieu d’un véritable capharnaûm, nous marchions résolument vers
les arènes.
L’amphithéâtre de El Jehm valait le détour.
Brièvement, on peut quand même rappeler que celui-ci, remarquablement conservé, et dont vous saurez tout en
cliquant sur le lien suivant « vive wikipedia », était le plus grand amphithéâtre de l’empire romain avec une capacité de
30 000 spectateurs, juste après le Colisée de Rome qui pouvait en accueillir 45 000.
Enfin, là, on était juste une petite centaine !
Et puis comme moi et Isa, nous sommes, en plus d’être des philologues avertis, des amateurs d’architectures post-antiques
indiscutables, nous improvisâmes un cache-cache dans les souterrains, renfermant ici, les geôles des gladiateurs, là un passage vers la cage aux lions, ou là-bas…Ah non c’est Marc qui prend une
photo.
Bon, nous avons quand même testé le confort des gradins, remarqué l’astucieuse disposition des vomitoires et avons même fini par nous interroger sur
le fait de savoir si les bouteilles d’eau minérale vendues à la sortie était bien authentiques, ou si elles n’avaient pas été remplies d’eau douteuse du robinet.
Mais, déjà, il fallait retourner au car ! Je n’ai même pas eu le temps d’acheter une babiole.
Un pied-de-nez au chameau et à son maître, toujours tous deux devant notre car, et nous voilà bientôt repartis pour « the next
stop ».
Berbères en Matamta :
Few minutes or severals hours later, i don’t remember, we
arrived on the board of the valley whose name is “Matmata”.
Une fois de plus, les portes du car s’étaient à peine ouvertes , que je sautai au dehors.
Mais, là, « vae curiosus », malheur aux curieux ! Trop tard, le ciel m’était tombé sur la tête.
Je ne sais pas quelle heure il était, mais je peux dire qu’il faisait 41°, et je ne suis pas Marseillais !
Etrange pays que Matmata ! Etrange planète que ces montagnes percées
d’habitations troglodytes renfermant les derniers berbères y vivant encore de façon relativement rudimentaire.
Nous observions médusés, ce paysage apocalyptique, où furent tournées quelques scènes mythiques
du fameux « Stars Wars », "La guerre de étoiles". Mais, nous n’étions pas venus pour voir
le monde d’après, mais bien la vie authentique de fellahs d’un autre monde.
Nous reprenions donc bientôt le bus qui nous conduit
quelques kilomètres plus loin pour visiter une maison troglodyte. Une cour, des pièces circulaires creusées à même la roche et toute la modernité inexistante, voilà le souvenir que
j’en conserve.Une pièce pour les peaux de moutons-enfin je crois que c’était des ovins-, des outils pour piler des graines, une machine à filer datant de Mathusalem, on se serait cru au musée des
métiers anciens de Saint Valbert (Franche-Comté).
Ca sentait quand même un peu l’attrape-touristes ! Mais comme c’était l’heure d’aller déjeuner, nous avons surtout senti le bon couscous qui mijotait dans un restaurant plus en amont.
Nous partîmes donc pour la "Palmeraie de Matmata", et non de Gagny, ce qui confirmait notre impression que ces berbères, pas si
arriérés, avaient bien le sens du commerce.
Là bas, nous avons rapidement avalé un couscous royal. Rapidement, dis-je, car il faut bien avouer que ma mère fait un meilleur
couscous ! L’hôte n’est-il pas roi dans ces pays ?
Je pense surtout qu’entre la chaleur, le nombre de touristes à servir rapidement et la bouteille d’eau chèrement payée en sus, je fus
bienheureux de retrouver ma place dans le car climatisé pour une petite sieste.
Somnolent, je n’avais pas mon MP3. Toutefois, magie de l’imagination, les doux refrains de « Lambe an
dro » ou « Emma », ces morceaux d’un groupe
qui a hanté mes années lycées, accompagna ce bref instant de repos au milieu de nulle part. Et pour cause, les auteurs de « si tes exams tu as raté, viens faire un tour à
lambe » avaient choisi de s’appeler Matmatah.
Douz, aux portes du désert :
Laissant derrière nous, El Jehm puis Matmata, nous poursuivions déjà en direction de
« Douz » autrement surnommée les « Portes du désert ».
Isa était déjà très excitée à l’idée que l’on devait y monter à chameau! Mais, la route était encore longue !
_« Tout le long de cette route, vous pouvez apercevoir des gens qui vendent des bidons de fortune. Il s’agit d’essence, importée
de Lybie, et vendue illégalement. La pratique est toutefois ici tolérée par l’Etat, car difficile à contrôler » nous renseigna le guide.
Une petite anecdote par ci, une autre par là, nous commencions tout de même à voir une autre Tunisie que celle du nord, des touristes
et des villes hôtel-clubs. Nous avions bien fait de nous lancer dans cette excursion.
C’est d’ailleurs, en apercevant une pétrolette nous doubler, que me vint cette pensée. Sur notre droite, un modèle proche de la
mobylette que j’ai toujours vue en poussière dans la grange de ma grand-mère, c'est-à-dire que je n’ai jamais vue rouler, emportait fièrement, trois, quatre, cinq personnes dans sa course. Il
était difficile de cerner exactement, combien il y avait d’enfants et même qui était le chauffeur ; mais au moins, on comprenait pourquoi, par ici, il se vendait de l’essence à la
« sauvette ».
Quelques instants plus
tard, nous arrivions sur une grande voie dégagée, ou presque. Droit devant nous, une bonne centaine de chameaux était tranquillement posée.
Il est vrai que quelques instants plus tôt, nous avions remarqué un panneau inconnu au bataillon qui devait signifier «
attention chameaux! » et non « Camels proscrites ».
En fait, nous étions parvenus à Douz, et pourquoi pas à quinze, et faisions face à une station du désert. Enfin, certains plus
lucides, vous diront qu’il s’agit plutôt d’un entrepôt à chameaux, où l’on attend le touriste qui veut dire quand il rentrera chez lui, qu’il a fait
son petit tour de dromadaire (pour l’assonance) dans le désert.
Isabelle eût à peine le temps de me raconter la poésie donnée à ses CE1 , « Le
chameau ».
N’étions-nous pas en vacances ? Eh bien , je ne vais pas vous épargner :
« Le chameau
Un chameau entra dans un sauna
Il eut chaud,
Très chaud,
Trop chaud.
Il sua,
Sua,
Sua.
Une bosse s'usa,
S'usa,
S'usa.
L'autre bosse ne s'usa pas.
Que crois-tu qu'il arriva?
Le chameau dans le désert
Se retrouva dromadaire.
Pierre Caron
Je reprends et je disais.
Isabelle eût à peine le temps de me raconter la poésie donnée à ses CE1 , « Le
chameau », que moi, histoire de me mettre en condition pour l’épreuve de la traversée du Sahel, je me dépêchai d’aller louer le kit du bon nomade.
Aussi, en beau complet zebré, vêtu du fez et d’une sorte de djelabah, je m’approchai des animaux et de leurs maîtres.
Aussi, comme chaque guide prenait deux chameaux, je m’assis sur l’un deux et Isa sur celui de
derrière.
A peine installé, le quadrupède se mit en branle. Enfin, deux jambes par deux! Je ne vous fais pas un dessin car ça ne fait en rien
appréhender le manège et, certainement parfois la culbute.
D’ailleurs, je me demande si il n’existe pas une expression du genre « être à cul
de chameau », plutôt qu’à dos, tellement il doit y en avoir qui se retrouve sur le postérieur.
Finalement, five minutes later, nous surmontions les dunes du haut de ces tours à pattes.
Il est vrai que c’est « vachement », le terme étant ici mal approprié, haut un camélidé.
L’émotion passée, nous prîmes goût à notre monture et certainement aussi, l’animal à notre ossature.
Nous fîmes ainsi un parcours d’une bonne heure, tout en discourant avec le jeune guide sur la station de Douz.
Celui-ci, parlant remarquablement le Français, était en fait, un étudiant de mon âge, qui était employé à la station pour l’été. Il
nous parla donc un peu de son pays et de sa condition, et nous, du notre et de la nôtre. Aussi, il se lança sur des explications sur les mille et une façons de se repérer dans le désert, point
qui eut pu figurer dans « Cinq semaines en ballon », et sur le pourquoi de l’étrange nom de la station de Douz.
Il faut dire que, pour ma part, Tatatouin en Tataouine, je m’aperçu à quel point j’étais ignorant sur l’histoire du pays. Et, si
j’avais bien déjà entendu, « c’est à Tataouine », comme « c’est à Trifouilli les oies » ou "à Pétaouchnok », je mettrai désormais un nom sur le visage, ou à
plus proprement parler, une explication sur l’expression.
En effet, Douz, sur la même ligne que Tataouine, n’était que l’une des villes qui avait été assiégée par nos compatriotes. Il m’a
semblé comprendre que c’était un peu le Trafalgar tunisiens. Ceux-ci, auraient gardé un nom français, en mémoire des défaites, où douze soldats auraient survécus, ou où le douzième régiment
d’infanterie française serait resté….bref il ne savait plus et nous n’allions pas épiloguer sur Douz.
De toute façon, on était au terminus. Transpirant comme un chameau, animal qui ne semble d’ailleurs pas transpirer, je descendais
donc, appréhendant déjà, le repos du camélidé, en souvenir de son relèvement.
Je laissai à notre sympathique guide un bon pourboire, expression qui prend ici tout son sens, et allai rendre mon
déguisement.
Finalement, nous repartions pour le car et, harassés comme si nous avions porté un chameau et non l’inverse, nous nous laissâmes
transporter jusqu’à un hôtel proche.
La journée avait été longue, fatigante, mais tellement riche de souvenirs inoubliables!
Nous étions impatients de voir le gîte qui allait nous accueillir.
Etape Hôtel au milieu du désert :
Quelques dizaines de
kilomètres plus loin--je ne sais plus très bien puisque nous en avions déjà parcourus près d’un millier-- le car stoppa devant un grand portique ouvrant sur une allée bordée de palmiers.
L’hôtel « dont on ne sait plus le nom » nous attendait.
Drôle d’endroit que ce palais des "mille et une nuits" planté au milieu d’une des rares palmeraies ! Avec sa lampe à huile géante
dans l’accueil, sa piscine gardée par un phare pharaonique et ses chambres luxueuses toute décorées de mosaïques, nous étions éblouïs.
L’endroit était charmant, les autres touristes, russes notamment, un peu moins, l’air encore pire.Je
suffoquais ! En effet, l’endroit était aussi charmant que l’air était irrespirable.
Cela faisait à peine dix minutes, peut être même douze, que j’étais sorti du car ; et j’avais cette sensation qui vous prend à la gorge quand
vous êtes depuis dix minutes de trop dans un sauna.
Heureusement, les chambres étaient très bien climatisées. Et je peux vous dire que, pour nous autres habitués à notre climat parfois
même un peu rude, le système de régulation de la température, luxe certain à cette latitude, n’en était pas un.
Nous avons donc profité d’une
petite heure avant le dîner pour nous rafraîchir, sommes allés prendre le repas et échanger nos impressions avec Marc et Chantal, pour finir où tout commence et tout finit, non pas à la morgue
mais au lit.
Le lendemain allait aussi être sportif !
Miroir, miroir, au "Grand Lac Salé" :
Il devait être environ 8H30. Au loin, je discernais vaguement Isa, en tenue d’Esmeralda, faisant une dance du ventre pour me séduire.
Non, je n’avais rien bu; ni boukha, l’alcool de figue, ni sédratine, ennivrantes dates distillées. Je n’étais pas en train de rêver non plus. Non plus.
Etait-ce réel ? Aurait-ce pu l’être ?
« De part et d’autres de la route, vous pouvez voire de vastes étendues blanchâtres. Il s’agit en fait d’un lac
salé, l’un des plus grands de la région, asséché. La couleur blanchâtre n’est en effet rien d' autre que du
sel. D’ailleurs, c’est la réverbération du soleil sur de telles étendues salées qui expliquent les apparitions réelles ou supposées de ce qu’on nomme communément les mirages» nous expliqua notre
guide.
Arf, décevant ! C’était donc ça. Notre première étape de ce deuxième jour était la visite du Grand Lac Salé.
Comme un enfant, je ne pu m’empêcher de tremper mes mains dans une marre d’eau, encore épargnée par le soleil, pour en retirer à ma
grande surprise, une poignée de sel.
En exagérant à peine, nous pourrions même dire que nous marchions sur du sel.
Autour de
nous, un grand pain de sel s’étendait, et certains touristes, ayant un instant eu une envie de cuisiner, avaient monté des œufs en sel. Plus loin, une sorte de bonhomme de sel allemand, siégeait
là fièrement. Ici et là, des monticules, certainement faits par des peuples plus laborieux qu’artistes, arboraient des drapeaux norvégiens, suisses ou encore Franc-Comtois. Eh oui, je n’avais pas
résisté à la tentation de marquer mon passage.
Toutefois, au pays des mirages, le temps ne suspend pas son vol. Et, nous reprenions déjà le bus pour d’autres paysages.
En effet, une étape supplémentaire avait été prévue à Tozeur, dans l’Atlas, non sans un supplément bien sûr. Et, comme tous les
membres de notre excursion, nous nous étions convaincus qu’il fallait en profiter.
Tozeur, « où l’on est monté sur les Epaules du géant »
Bientôt, dans de monstrueux 4X4, nous roulions donc sur les flancs du Titan qui porte notre Terre, Atlas.
A une première étape pour admirer la nature rocheuse particulière de cette montagne, le guide nous expliqua brièvement que la seule
route accessible dans cette région, à la frontière de l’Algérie, est due au passage du Renard du désert, le général allemand Rommel.
Ironie de l’histoire, les morts et les combats ont laissé place aux touristes.
D’ailleurs, quel paradis que ce coin de la Tunisie où, une escapade dans l’une des rares
Oasis, nous avait été proposés. Nous marchâmes alors quelques kilomètres dans la montagne, fleurtant avec les palmiers, admirant les grottes et les sources aux eaux paradisiaques qualifiées par
les locaux de manifestations divines.
Sur un sentier abrupt menant aux parkings des 4X4, des chalands avaient pris place.
Et si l’on pouvait trouver le touti quanti habituel ( fez, couteaux ou babouches ); certains allaient jusqu’ à proposer des
Salamandres.
Pour ma part, je marchandai mon premier souvenir :
Pendant ce temps, la journée avançait et la chaleur se faisait redoutable. Il fallait donc poursuivre notre parcours, mais désormais,nous reprenions la direction du nord.
En effet, après un arrêt déjeuner, il ne nous restait plus que deux étapes avant de retourner à Gammarth.
Entre
Pastèques et Palmeraies :
Nous n’étions pas au bout de nos surprises, ni de nos découvertes.
Nous nous
sommes rapidement restaurés dans un dix-huit étoiles tunisiennes au bas mot.
Je ne prête pas trop attention à ce genre de détails. Mais, il est incontestable que la décoration somptueuse, la grande porte
d’entrée de bois sculptée et les nombreuses mosaïques de l’établissement, dénotaient un prestige certain.
Toutefois, loin d’être considérés comme des hôtes de qualité, nous avions été relégués dans la salle des petites gens. Nous y
recevions un repas maigre et décevant avec, en guise de déssert des plus raffinés, un
magnifique dixième de pastèque. Nous pensâmes tous alors qu’un Tunisien qui n’aime pas la pastèque, ça doit être, à peu de choses près,
un Français qui aime les épinards. Un repas, un morceau de pastèque ! Que diable avions nous fait, pour avoir droit à tant de pastèques.
Rapidement, nous reprenions alors le transport car il fallait faire vite si nous voulions faire toutes les étapes prévues au
départ.
En effet, un peu avant le restaurant, le guide avait estimé bon de visiter une palmeraie dont les cultures étaient destinées à la vente.
Il nous y avait montré les différentes variétés de fruits plantés. Entre autre, - il y avait des grenades ou encore des figues. On
nous expliqua que les cultivateurs payaient peu cher, et c’est peu dire, des ouvriers dont certains diront qu’ils sont plutôt des esclaves, pour monter à mains nues au dessus des palmiers et
récolter les dates.
Cette visite très instructive nous avait toutefois mis un peu en retard.
Il ne fallait donc plus trainer pour rejoindre la capitale du tapis artisanal et l’un des premiers bastions de l’islamisme en nord Afrique, la ville de Kairouan (site de la ville ).
Kairouan, Tapis pas
chers !
Là bas, étape indispensable,
nous nous arrêtions chez un marchand de tapis.
D’ailleurs, je n’ai pas trouvé que leur réputation ( de marchands de tapis) était bien à propos car nous étions reçus comme des
Imams.
Le thé à la menthe offert par la maison, on nous présenta la manière de tisser les tapis ou encore la tradition de la ville, à savoir l’obligation pour chaque femme d’offrir lors du mariage, un
tapis de dix mille noeuds à son mari.
Moi, j’ai surtout retenu que certes, les tapis sont superbes, mais à 500 euros la mini tapisserie ( 0,45X1,20 m), je voulais bien leur faire une leçon sur l’art et la manière de les
remballer.
Avec Isa, nous nous
étions donc dépêchés de gagner la mosquée des Trois Portes. Le petit Nicolas aurait dit des portes qu’elles sont chouettes et terribles. Je n’en dirai guerre plus sinon qu’elles étaient drôlement
bleues, et jaunes, et rouges.
Nous n’avons pas eu le temps d’entrer à l’intérieur. Déjà, il nous fallait partir et bientôt quitter la première ville
sainte musulman avant la consécration de La Mecque.
Là, nous laissions derrière nous, non sans un pincement de cœur, le Lac Salé, Touzer et l’Atlas, la Palmeraie et maintenant Kairouan, sans compter les restaurants et les souks.
L’expédition touchait à sa fin.
Retour
sur l’Histoire, retour et bonsoir :
Lorsque nous passions non loin d’un mont se dessinant sur l’horizon, notre guide tenta de nous consoler en faisant un récit épique de
la bataille de Zama
qui s’était déroulée là, 2000 ans auparavant, entre Scipion l’Africain et Hannibal le Carthaginois.
Selon lui, la victoire romaine aurait scellé le rapport de force entre le monde occidental et le monde africain. Rome vaincue,
Carthage vainqueur, imaginez. Boff, moi, fatigué, j’étais déjà vaincu. Vae victis « malheur aux vaincus » aurai-je pu lui rétorquer comme un Brennus à
l’époque.
Mais, j’étais définitivement rincé.
On achevait notre parcours de près de 2000 kilomètres. Ca n’use pas que les souliers.
Aussi, quand on entra dans Hammamet ramener le gros de la troupe, cela ne me fit ni chaud , ni froid, perdu que j’étais dans le
souvenir des mille et une images de ces deux jours passés.
Nous arrivions bientôt, plus tard, on ne sait plus vraiment vers quelle heure, à Dar Nouar pour une nuit ivre de
douze rêves colorés ou berbères.